Pour Tania Gheerbrant, le dispositif et la scénographie sont aussi importants que le script et les protagonistes de ses projets. Qu’il s’agisse de performances, d’installations, de vidéos ou d’éditions, le cadre est minutieusement construit pour permettre au vivant de s’exprimer librement et à l’inconscient de surgir. S’appuyant particulièrement sur la langue et ses différents modes d’existence, Gheerbrant interroge nos manières d’interagir et tente d’approcher les mécanismes à l’oeuvre dans l’élaboration de notre pensée. Influencée par l’histoire du cinéma, l’artiste étend cette exploration des logiques de structuration à la fabrique de ses oeuvres au sein de laquelle elle confronte l’illusion à l’envers de son décor la machinerie, le trucage et l’accident.

Pour prologue, Tania Gheerbrant créé une nouvelle installation vidéo qui examine simultanément le rapport entre le temps réel, le temps différé et les liens sous-jacents entre ces deux médiums : vidéo et performance. Conçues comme des performances filmées, les vidéos de Tania Gheerbrant sont toujours interprétées par un groupe d’amis qui se laisse envahir dans son intimité. Dans cette nouvelle pièce, le protocole invite les protagonistes à simuler et rejouer des paroles déjà écrites et pré-enregistrées. Cet échange en monologue, où les performeurs ne sont plus que des incarnations de la parole, questionne notre rapport à l’autre et à soi dans un monde contemporain où le smartphone est devenu roi. Une réflexion mise en exergue dans un décor rempli de mousse, un espace mou dans lequel ce groupe d’individus s’affalent autour de deux sculptures table-fontaines aux flux continus et infinis – auxquelles ils s’abreuvent. Faisant référence à l’idée du mou politique, au confort et à l’enlisement dans le lieu commun, la mousse dans sa constitution alvéolaire évoque à l’opposé la théorie du multivers et sa conception de l’univers  à  un niveau atomique. De l’un à l’universelle, Gheerbrant tente de décortiquer nos  manières d’être au monde – comment y survivre et comment y trouver sa place. Entre le liquide, le mou, le multiple et l’éveil – politique, social et psychologique.

Diplômée des Beaux Arts de Paris en 2017, Tania Gheerbrant a récemment présentée son travail à In Plano, Île-Saint-Denis (2019) ; the Other Art Fair, Turin (2018), Palais Bondy, Lyon (2018) ; FIB – Festival Internationale de Bagnolet (2018) ; La panacée, Montpellier (2019) ; l’espace Delrue, Nantes (2017). Tania Gheerbrant est également présidente de l’artist-run- space In plano à l’Île-Saint-Denis et a été membre fondateur du Praticable à Rennes.

Image : Tania Gheerbrant et Mahalia Khönke-jehl, Absoluts, co-production La Panacée / Moco, 2019, plâtre, métal, écran, pied, vidéo 4k couleur muet, 6 min en boucle, 300 x 350 cm. Courtesy les artistes.